Joss Stone : de la Soul, tout simplement

Joss Stone

Joss Stone

Mai 2003. 20h15 heure locale. Club branché du centre de Londres. Un service d’ordre inhabituel. Mon teint « anglais » et ma tenue French Touch (classe et décontracté) me permet de pénétrer aisément ce lieu mythique qu’est le Camden. J’ai hypothéqué ma Grand-Mère pour 5 heures passées dans ce bar, mais je ne le regrette pas…

Ambiance Jazzy, feutrée et très chaleureuse, je me demande même si je suis toujours en Angleterre… On se dirige difficilement vers les tables au bord de la scène, on s’installe, le temps de commander une bouteille de vin français (d’où l’hypothèque), et le show démarre dans la foulée. La lumière se tamise et une blonde sexy de 20 ans (je ne saurais qu’après qu’elle venait d’en avoir 16), débarque pieds nus (habitude qu’elle a gardé d’ailleurs), tenue baba-cool, sous des applaudissements timides. Un petit bonjour de la sirène sur fond de basse bien Soul, un réglage micro maladroit, 2-3 petits coucous à la famille et aux amis présents, et la petite stressée se met à balancer doucement ses hanches sur une musique qui commence à se faire entendre…

Décor planté, musiciens en place, salle silencieuse et attentive, la sirène a déjà eu le coeur de la salle avec son charme naturel… et ça va être pire dans quelques minutes. Autant vous dire maintenant : je ne savais pas qui elle était et pourquoi elle était là, mais j’ai pris la plus grande claque de ma vie sur les premières notes ! Une voix chaude, légèrement rauque et au vibrato rondelet comme il faut, en décalage complet avec le look de la petite plus tellement timide et maladroite… Si j’avais eu les yeux fermées, j’aurais imaginé une Aretha Franklin faisant de la Soul bien romantico-dégoulinante dans les années 60… Mais non, c’était juste la première de Joss Stone en public, et j’étais bien content d’avoir laissé mes yeux ouverts pour apprécier The Chokin’ Kind

Le reste du concert est tonitruant, pas un souffle dans la salle, seules les ovations après chaque prestation témoignent de l’impression laissée à un public Londonien par forcément connaisseur et plutôt habitué à des OVNI à voix sans réel univers… Un carton plein, une standing ovation à sa sortie, 3 rappels, 3 autres cartons… A star is born…

Retour sur Paris, je me jette sur le web pour trouver trace de cette envoutante Joss et tombe sur son site plein de couleurs mais au contenu plutôt faiblard… J’me dis que je suis tombé sur une perle et je guette la moindre sortie de news en espérant, à chaque papier lu dans la presse, l’annonce d’un album… Ça ne manquera pas, début 2004 sort « The Soul Sessions » à la jaquette Old school trompeuse puisque l’illustration laisse deviner la silhouette d’une chanteuse afro.

Le contenu de l’album est à la hauteur de ce que j’avais vu outre-Manche : de la Soul à l’ancienne marquée par une voix en or… Ses premières prestations en public, notamment à Londres fin 2004, sont des énormes succès… Le bouche à oreille est en marche, plus rien n’arrêtera Joss Stone… Je vais d’ailleurs glisser un papier de Céline Rémy, chroniqueuse aux Inrockuptibles, qui définit tout ce que je pense de la petite Anglaise de l’époque :

Au départ, on sort le détecteur de mensonge : l’histoire est trop belle, la voix trop mûre, la chanteuse trop jolie. Ainsi, Joss Stone, voix grave et inquiète de soulwoman autoritaire, aurait 16 ans, serait blanche et anglaise ? Et le prince Charles, c’est Sly Stone ? Pour continuer de brouiller les cartes (du monde), Joss Stone chante des (plus ou moins) classiques de la soul avec cette sobriété nonchalante des filles du sud des Etats-Unis, mais reprend aussi les White Stripes ou l’inoffensif baba John Sebastian. Une impression de juke-box rassurant et nostalgique, renforcé par le dos de la pochette : un écran de juke-box de dinner américain. Du coup, on peut facilement flairer ici une carrière à la Norah Jones, dans un autre registre de fouilles archéologiques au cœur des musiques traditionnelles d’Amérique.

Mais là où tant de filles de cette génération soul-Berlitz ont totalement perverti les leçons d’Aretha Franklin (elle aussi ici adaptée, sans surprise), la prenant sottement pour une braillarde légitimant les plus pénibles exhibitions vocales, Joss Stone chante sans trop de frime, sans cette préciosité de petite fille modèle du Devon : c’est une mama qui l’habite, dont l’attachement à Stax ou Atlantic ne relève visiblement pas de la posture : on ne déplace pas sans arguments sincères ce joli générique de vieillards soul, les Roots ou Angie Stone. L’histoire raconte que le boss de son label, après avoir été estomaqué par la voix de Joss Stone, porteuse de tant d’expériences, râpée sur les sentiers ombrageux de la musique américaine, a éclaté de rire en la recevant pour la première fois, certain d’être la victime d’une caméra cachée. On prie Marcel Béliveau de cesser immédiatement cette plaisanterie cruelle pour la petite Anglaise, humiliante pour les nouvelles divas américaines.

S’en suit (en 2005) le deuxième album « Mind, body & Soul » sur la même lancée, la voix domine toujours le reste de la musique en terme de volume, et c’est bien la seule chose qu’on peut reprocher aux deux premiers albums : la voix n’est pas toujours au service de la musique et les arrangeurs se servent du talent de Joss comme leur outil marketing n°1 (ce que l’on peut comprendre…). Néanmoins ce second opus aura l’avantage d’accoucher de 4 clips propulsant la jeune anglaise sur le devant de la scène internationale, et avec des titres comme You had me, Don’t cha wanna ride et Jet lag, le public découvre une Joss un peu moins langoureuse que son image laisse paraitre. Un brin de Funk qui met un peu de relief dans une Soul re et re-visitée…

Joss Stone

Joss Stone à 19 ans

Cette ambiance funky, on la retrouvera en 2007 avec le 3ème album produit par le monument Soul du continent américain : Raphael Saadiq. « Introducing Joss Stone » est un savant mélange musical de Funk, Jazz, Soul et R&B pimenté par des touches de Hip Hop. C’est pour moi son album le plus abouti, grâce notamment à son producteur-arrangeur qui a su a merveille poser la voix de Joss sur des titres bien rythmés et entrainants : finie la jeune anglaise timide et ses chansons mélodieuses, place à une femme qui s’assume sur des musiques à vocation Dancefloor… On notera un featuring de grande classe avec Lauryn Hill sur un Music qui n’est pas sans nous rappeler les Fugees de 96… A écouter absolument dans l’album : Girl they won’t believe it qui me fout la pêche tous les matins depuis 3 ans… (et c’est ma sonnerie de portable en plus…) et Tell me ’bout it qui est le tube choisi pour le premier clip.

Entre 2007 et 2009, Joss se produira un peu partout dans différents festivals, réalise une version très réussie de L.O.V.E. de Nat King Cole pour la publicité Chanel, apparait sur des albums de pas mal d’artistes, et, excusez moi du peu, pas que des manchots ! A la volée : Carlos Santana, Sean Paul, Common, Lauryn Hill, Herbie Hancock, Elton John, Mick Jagger, Annie Lennox, John Legend, Sting, Buddy Guy, Patti Labelle, Raphael Saadiq, Angie Stone, Jeff Beck, James Brown, etc. et même notre Johnny national ! Ca calme ? Ouais clairement…

A noter également sa présence sur l’album « Paul & Friends » avec Love sneakin’ up on you, duo avec Sting très réussi. D’ailleurs la voix de l’ancien chanteur de Police prend un coup de vieux aux côté de Joss Stone… Tiens en parlant de cet album, allez faire un tour sur la piste n°8, et donnez-moi votre avis sur la performance vocale de Beth Hart sur le rocky-bluesy I wanna know you… Une voix à mi-chemin entre Tracy Chapman et Janis Joplin… Super HOT !

Joss enchaine aussi pas mal de shows TV avec notamment cette apparition remarquée ou elle déambule en petite robe bleu au milieu des spectateurs sur le célèbre Son of a preacher man… Ok là, tout le monde sait : Joss est une bombe…

Tout ça nous amène au 4ème et dernier album en date (2009) : « Colour me free ». Rien de bien révolutionnaire à l’instar de son 2ème album : elle surf sur ce qu’elle sait faire, avec peut-être un plus de métier. Pas d’erreur de casting dans cet album et peut-être même des surprises sur une deuxième écoute, mais elle avait mis la barre tellement haute jusqu’à cet album, je me demande si je n’ai pas été trop exigeant. A vous de vous faire une idée ! En tout cas son passage à Paris en octobre 2009 ne m’a pas échappé et j’ai « kiffé ma mère » comme on dit dans le neuf-trois… Un show de 2 heures, des vrais zicos, de bons coeurs, et une voix qui s’essoufle pas… 7 ans après l’avoir vu pour la première fois, il n’y a qu’une seule chose qui a changé : en plus des oreilles elle ravit les yeux !! Un charme fou, une façon de bouger sensuelle… Pffiiooouu elle m’a mis le feu si vous voyez ce que je veux dire 😉

En bref, oui la Soul on en a entendu et ré-entendu, mais à l’heure des pathétiques Star Ac’ et Nouvelle Star, ça fait plaisir du bon son bien interprété… Joss Stone : on y goutte, on aime à vie. Même si parfois elle gueule un peu trop, on se réconcilie toujours en imaginant Joss nous souffler à l’oreille Sleep Like A Child accoudée sur notre oreiller… Je rêve je sais… Mais c’est tellement bon…

Petit cadeau :

Quelques liens sympas :

3 réflexions au sujet de « Joss Stone : de la Soul, tout simplement »

  1. A savoir qu’en Live c’était une de ses choristes qui faisait la partie de lauryn, et franchement ca avait le flow de Grand corps Malade avec une voix de meuf… Quel dommage…

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